Farid Danko
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Hygiène menstruelle, autonomie et pouvoir d’agir des jeunes filles à Kaolack

Projets
Hygiène menstruelle, autonomie et pouvoir d’agir des jeunes filles à Kaolack

Rencontre de plaidoyer sur la gestion de l’hygiène menstruelle à Kaolack, aux côtés de l’Association Actions pour le Développement du Sénégal (AADS) et des acteurs locaux.

Accompagnement en développement organisationnel et entrepreneuriat auprès de l’AADS et de femmes entrepreneures mobilisées autour d’un projet de gestion durable de l’hygiène menstruelle à Kaolack.

Un projet au croisement de la dignité, de l’éducation et de l’autonomie

À Kaolack, la gestion de l’hygiène menstruelle touche à plusieurs réalités à la fois : la santé et la dignité des jeunes filles, leur confiance en elles, leur présence à l’école, l’accès à des infrastructures sanitaires adaptées et la capacité des familles et des institutions à parler ouvertement de ces questions.

C’est dans ce contexte que l’Association Actions pour le Développement du Sénégal (AADS), sous la présidence de Mme Ndeye Gnilane Faye, a porté un projet consacré au renforcement du pouvoir d’agir des jeunes filles dans la gestion de l’hygiène menstruelle, avec l’appui financier de l’Ambassade du Royaume des Pays-Bas au Sénégal.

Le projet a mobilisé des établissements scolaires, des familles, des autorités éducatives et territoriales ainsi que différents acteurs communautaires autour d’un objectif commun : améliorer les connaissances et les conditions de gestion de l’hygiène menstruelle, tout en donnant davantage de moyens d’action aux premières concernées.

Donner aux jeunes filles les moyens de porter leur propre parole

C’est l’une des dimensions du projet qui m’a le plus marqué.

Au-delà de la sensibilisation et de la mise à disposition de protections, les jeunes filles ont été accompagnées dans leur confiance en elles, leur prise de parole et leur capacité à exprimer directement les réalités auxquelles elles sont confrontées.

Cette approche me paraît essentielle. Un projet destiné aux jeunes filles gagne en pertinence lorsqu’il ne se contente pas de parler d’elles, mais leur permet aussi de parler par elles-mêmes, de formuler leurs préoccupations et de les porter auprès des personnes en capacité d’agir.

En 2025, 568 jeunes filles ont été directement formées sur la gestion de l’hygiène menstruelle et l’estime de soi dans les 19 collèges concernés. Les activités ont également favorisé une plus grande aisance dans les échanges avec les parents et, dans certains établissements, la mise en place de groupes contribuant à l’entretien des toilettes.

Faire de la production locale une partie de la réponse

Une autre dimension particulièrement intéressante du projet a concerné la confection de serviettes hygiéniques lavables et réutilisables.

AADS a formé 38 mères d’élèves à leur fabrication. Les femmes formées ont également créé un groupe en vue de la mise en place d’une unité de production, tandis qu’un groupe de formatrices a été constitué au sein d’AADS afin de favoriser la continuité des activités.

Dans le cadre de mon mandat de Conseiller en développement organisationnel et en entrepreneuriat, j’ai accompagné des femmes entrepreneures formées par AADS et mobilisées autour de cette production. Le travail a notamment porté sur la structuration de leur démarche entrepreneuriale et sur les conditions permettant d’inscrire cette activité dans un cadre organisé.

J’ai pu observer des femmes ayant bénéficié de formations solides mettre leurs compétences en pratique et produire des serviettes réutilisables destinées aux jeunes filles. Cette articulation m’a particulièrement intéressé : une même intervention relie ici la santé menstruelle, l’autonomisation économique des femmes, le développement de compétences locales et le recours à une solution réutilisable.

À l’issue du projet, 15 352 serviettes hygiéniques réutilisables avaient été distribuées aux bénéficiaires.

Faire durer les acquis au-delà du financement

Un projet de cette nature ne peut toutefois produire des effets durables sans dialogue avec les institutions.

Au fil des activités, plusieurs questions concrètes ont été mises en discussion : accès à l’eau, état et entretien des toilettes scolaires, infrastructures adaptées aux besoins des filles, mobilisation de ressources et implication durable des autorités locales et éducatives.

L’implication des autorités académiques a notamment facilité la mise en œuvre du projet, tandis que la désignation d’un point focal par l’Inspection de l’Éducation et de la Formation a contribué au suivi et à la coordination avec les établissements.

La rencontre de plaidoyer avec le Conseil départemental de Kaolack s’est inscrite dans cette logique de pérennisation. Elle a permis de présenter les résultats obtenus, de partager les contraintes rencontrées dans les établissements, d’échanger sur l’amélioration des infrastructures sanitaires et de poursuivre le dialogue autour d’une prise en compte plus durable de la gestion de l’hygiène menstruelle dans les politiques et les budgets locaux.

Ma contribution

Mon intervention s’est inscrite dans un projet initié et porté par AADS, sous l’impulsion de sa présidente, Mme Ndeye Gnilane Faye.

En qualité de Conseiller en développement organisationnel et en entrepreneuriat, j’ai accompagné l’organisation dans le cadre de mon mandat ainsi que des femmes entrepreneures mobilisées autour de la production de serviettes hygiéniques réutilisables.

Cette expérience m’a permis de contribuer, dans mon champ d’intervention, à une dynamique plus large portée par AADS et ses partenaires, tout en observant la manière dont une organisation locale peut articuler développement des capacités, autonomisation économique, santé menstruelle, éducation et plaidoyer institutionnel.

Mon rôle n’était pas de me substituer à l’organisation, à sa présidente ou aux équipes ayant conçu et conduit le projet. Il était de contribuer, à ma place, au renforcement de certaines capacités utiles à sa mise en œuvre et à sa continuité.

Ce que je retiens

Je retiens surtout une conviction : donner aux jeunes filles des moyens matériels est important ; leur donner les moyens de porter leur propre parole l’est tout autant.

Lorsque les premières concernées peuvent comprendre une réalité, la nommer et l’exprimer devant les personnes en capacité de décider, l’intervention dépasse la seule logique d’assistance. Elle contribue à développer leur pouvoir d’agir.

Et lorsque, parallèlement, des femmes du territoire développent les compétences nécessaires pour produire localement une partie des solutions dont ces jeunes filles ont besoin, une autre dynamique devient possible : les besoins sociaux rencontrent les compétences locales et l’entrepreneuriat devient lui aussi un levier de réponse.

C’est précisément dans ce type d’articulation entre organisations locales, capacités humaines, entrepreneuriat et impact social que je situe une part importante de mon travail en développement organisationnel.

Repères du projet

Organisation porteuse

Association Actions pour le Développement du Sénégal (AADS)

Présidence

Mme Ndeye Gnilane Faye

Partenaire financier

Ambassade du Royaume des Pays-Bas au Sénégal

Zone d’intervention Kaolack, Sénégal

Ma contribution

Conseil en développement organisationnel et entrepreneuriat ; accompagnement de l’organisation et de femmes entrepreneures mobilisées autour de la production de serviettes hygiéniques réutilisables.

Quelques résultats

19 collèges concernés · 568 jeunes filles formées · 38 mères d’élèves formées à la confection de serviettes hygiéniques lavables · plus de 2 370 personnes mobilisées lors des fora · 15 352 serviettes hygiéniques réutilisables distribuées.

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