Farid Danko
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Les ressources d’une organisation ne sont pas seulement financières

FARID DANKOFARID DANKO12 min2378 mots
Les ressources d’une organisation ne sont pas seulement financières

Quand une organisation dit qu’elle n’a pas les moyens, elle dit souvent quelque chose de vrai.

Mais elle parle généralement d’argent.

Or une organisation ne vit pas seulement de financements. Elle vit aussi de personnes qui croient à sa mission, de membres qui s’engagent, de professionnels qui conseillent, de jeunes qui apprennent, de partenaires qui ouvrent des portes et de compétences qui acceptent de se mettre au service d’une cause.

L’argent compte. Il serait naïf de dire le contraire.

Mais il n’est pas la seule forme de contribution.

Une organisation qui ne voit que le financement risque parfois de négliger les forces qui se trouvent déjà autour d’elle. Elle peut attendre longtemps un bailleur, alors que certaines bases pourraient déjà être renforcées par ses membres, son réseau, ses administrateurs, ses bénévoles ou les personnes qui comprennent la valeur de son action.

Le vrai enjeu n’est donc pas seulement de chercher plus loin, mais de savoir repérer ce qui peut déjà être mobilisé tout près.

La mobilisation des ressources ne commence pas toujours par un dossier de financement. Elle commence souvent par une question plus simple : qui peut contribuer à notre mission, autrement que par un chèque ?

Les moyens existent aussi autour de la mission

Dans beaucoup d’organisations de terrain, le réflexe est de regarder vers l’extérieur dès qu’un besoin apparaît.

On pense au bailleur. À la subvention. À l’appel à projets. Au partenaire financier. C’est normal, surtout lorsque les activités demandent des moyens que l’organisation ne possède pas encore.

Mais cette manière de penser peut devenir limitante.

Elle donne parfois l’impression que rien ne peut commencer tant qu’un financement n’a pas été obtenu. Elle installe l’organisation dans l’attente. Elle réduit la mobilisation des ressources à une recherche d’argent.

Pourtant, autour d’une mission claire, il peut déjà exister plusieurs formes d’appui.

Un membre peut donner du temps, un administrateur peut apporter une expertise, un professionnel peut offrir un conseil, une université peut orienter des stagiaires, une entreprise locale peut prêter une salle, un ancien bénéficiaire peut devenir relais, une personne respectée dans la communauté peut faciliter une rencontre.

Ces contributions ne remplacent pas un budget.

Mais elles peuvent faire avancer une organisation.

Elles peuvent l’aider à mieux s’organiser, à documenter son travail, à clarifier ses besoins, à améliorer sa gestion, à renforcer sa présence locale et à préparer des demandes de financement plus solides.

Une organisation qui sait mobiliser autour d’elle montre déjà quelque chose d’important : sa mission parle à d’autres. Elle ne repose pas uniquement sur l’attente d’un appui extérieur. Elle crée de l’engagement.

Le membership n’est pas une simple liste de noms

Le membership est souvent sous-estimé.

Dans certaines organisations, les membres existent surtout dans les documents. Ils sont inscrits dans un registre, mentionnés dans les statuts, invités à quelques rencontres, puis progressivement éloignés de la vie réelle de la structure.

C’est une erreur.

Un membre n’est pas seulement un nom. C’est une part de légitimité, de mémoire, de présence et parfois de contribution.

Lorsque les membres comprennent la mission, ils peuvent la porter dans leur environnement. Lorsqu’ils sont informés, ils peuvent mieux défendre l’organisation. Lorsqu’ils sont impliqués, ils peuvent devenir des relais. Lorsqu’ils se sentent respectés, ils peuvent contribuer davantage.

Même les cotisations modestes ont leur importance.

Leur valeur ne se mesure pas seulement au montant collecté. Elles créent une habitude de contribution. Elles rappellent que l’organisation ne dépend pas uniquement de l’extérieur. Elles renforcent le lien entre les membres et la mission.

Mais les cotisations ne peuvent pas être demandées sans contrepartie morale.

Une organisation qui sollicite ses membres doit aussi leur rendre compte. Elle doit expliquer ce qui a été fait, ce qui a été reçu, ce qui a été dépensé, ce qui a été appris et ce qui reste à construire.

Le membership devient alors autre chose qu’une formalité.

Il devient un espace d’appartenance.

Une organisation qui ne mobilise pas ses propres membres aura plus de difficulté à convaincre d’autres partenaires qu’elle peut mobiliser durablement autour de sa mission.

Un conseil d’administration doit apporter plus qu’un titre

Le conseil d’administration est souvent présenté comme un organe de gouvernance. Mais dans la pratique, il est parfois constitué sans vraie réflexion sur les besoins de l’organisation.

On choisit des amis. Des proches. Des personnes disponibles. Des personnes respectées socialement. Parfois même des noms qui donnent une certaine image, mais qui ne participent pas réellement à la vie de la structure.

Ce n’est pas suffisant.

Un conseil d’administration ne devrait pas exister seulement pour remplir une exigence statutaire. Il devrait aider l’organisation à mieux voir, mieux décider et mieux se protéger.

Une structure qui veut durer a besoin de regards différents autour d’elle.

Elle peut avoir besoin d’une personne qui comprend la comptabilité, d’une autre qui connaît le droit, d’une autre qui maîtrise la gestion, d’une autre encore qui sait lire un budget, analyser un risque, améliorer une procédure, clarifier une stratégie ou ouvrir une porte vers une personne ressource.

Toutes ces compétences ne doivent pas forcément être salariées.

Certaines peuvent être mobilisées par engagement, par intérêt pour la mission ou par volonté de contribuer à une cause utile.

C’est pourquoi la composition du conseil d’administration ne devrait pas se faire par hasard.

Une organisation qui choisit ses administrateurs uniquement par proximité personnelle peut se priver des compétences dont elle aura besoin au moment de grandir, de rendre compte, de négocier ou de corriger ses propres faiblesses.

Le conseil d’administration doit être un espace de responsabilité, pas seulement un cercle de présence.

Il ne s’agit pas d’avoir des noms sur une liste.

Il s’agit d’avoir des personnes capables d’apporter une vraie lecture, au bon moment.

Les compétences sont aussi des ressources

Beaucoup d’organisations disent qu’elles n’ont pas les moyens de payer un juriste, un comptable, un spécialiste en communication, un expert en gestion ou une personne capable de les accompagner dans leur structuration.

Cette limite existe, mais elle ne doit pas fermer toutes les portes.

Une compétence peut parfois être mobilisée autrement que par un contrat classique. Un professionnel peut accepter de donner une heure de conseil. Un cabinet peut offrir une séance d’orientation. Un comptable peut aider à mettre en place un tableau simple de suivi. Un juriste peut relire des statuts. Un communicateur peut aider à clarifier un message. Un gestionnaire peut conseiller sur l’organisation du travail.

Ce type d’appui peut entrer dans une logique de pro bono.

Le pro bono désigne un appui professionnel offert gratuitement ou à coût réduit pour soutenir une cause. Ce n’est pas seulement de la charité. C’est aussi une manière, pour des professionnels, de mettre leur expertise au service d’un enjeu qui a du sens.

Mais ce type de contribution ne se demande pas n’importe comment.

Une organisation qui sollicite une expertise doit préparer sa demande. Elle doit expliquer clairement ce qu’elle fait, ce dont elle a besoin, le temps demandé et l’usage qui sera fait de l’appui reçu.

Un professionnel accepte plus facilement d’aider lorsqu’il sent que son temps sera respecté et que sa contribution servira réellement.

Là encore, l’argent n’est pas absent du sujet. Mais il n’est pas la seule porte d’entrée.

Une organisation qui apprend à mobiliser des compétences apprend déjà à mobiliser des ressources.

Le bénévolat doit être pensé, pas improvisé

Le bénévolat est souvent évoqué comme une solution. Mais il peut rapidement devenir une source de frustration lorsqu’il n’est pas organisé.

Un bénévole n’est pas une personne disponible pour tout faire gratuitement. Ce n’est pas une présence que l’on utilise sans cadre, sans reconnaissance et sans responsabilité.

Le bénévolat doit être pensé.

Pourquoi sollicite-t-on cette personne ? Que peut-elle apporter ? Combien de temps cela demande-t-il ? Qui va l’accompagner ? Comment sa contribution sera-t-elle reconnue ? Que pourra-t-elle aussi apprendre de son engagement ?

Sans ces questions, le bénévolat peut vite devenir approximatif.

Un bénévole mal encadré peut se décourager. Une organisation mal préparée peut perdre une bonne volonté. À l’inverse, un bénévolat bien orienté peut produire beaucoup de valeur.

Il peut aider à documenter une activité, organiser des données, accueillir des participants, préparer une rencontre, soutenir la communication, faire un compte rendu, appuyer une enquête ou accompagner une action de terrain.

Mais cela suppose un minimum de méthode.

Le bénévolat devient une vraie ressource lorsqu’il est respecté, organisé et relié à la mission.

Les jeunes peuvent trouver dans les OSC leurs premières vraies expériences

Dans mes observations et à la suite de plusieurs échanges avec des responsables d’organisations dans différents contextes africains, un constat revient : beaucoup d’étudiants ne pensent pas naturellement aux organisations de la société civile comme lieux possibles de stage, d’apprentissage ou de première expérience.

Ce n’est pas forcément par manque d’intérêt.

C’est souvent parce que ces structures ne sont pas encore perçues comme des espaces où l’on peut apprendre un métier, développer des compétences et contribuer à des enjeux sociaux concrets.

Ce potentiel mérite d’être mieux organisé.

Une organisation locale peut devenir un lieu d’apprentissage très formateur pour un jeune.

Un étudiant en droit peut contribuer à la relecture de textes internes. Un étudiant en comptabilité peut appuyer le suivi financier. Un jeune en communication peut aider à documenter les activités. Une personne formée en gestion peut soutenir l’organisation des procédures. Un profil en informatique peut améliorer les outils numériques. Un étudiant en sciences sociales peut participer à la collecte de données ou à l’analyse de besoins.

L’organisation y gagne, et le jeune aussi y trouve une expérience qui peut compter.

Il découvre les réalités de son environnement. Il comprend mieux les problèmes sociaux de son territoire. Il voit comment une idée devient une action. Il apprend à travailler avec des communautés, des contraintes, des équipes et des responsabilités.

Ce type d’expérience peut éveiller quelque chose.

Un intérêt pour le développement local. Une conscience citoyenne. Une compréhension plus concrète de la pauvreté, de l’éducation, de la santé, de l’environnement, de l’entrepreneuriat ou de la gouvernance.

Mais pour que cela fonctionne, l’organisation doit être prête à accueillir.

Il ne suffit pas d’ouvrir la porte à un stagiaire ou à un bénévole. Il faut lui donner un rôle, un cadre, une tâche utile, un minimum d’encadrement et un retour sur sa contribution.

Les jeunes peuvent devenir une vraie force d’appui pour les organisations de terrain.

Encore faut-il leur faire une vraie place.

Les partenariats locaux sont souvent sous-estimés

Une organisation peut parfois chercher très loin ce qu’elle pourrait commencer à mobiliser tout près.

Dans son environnement immédiat, il peut exister des écoles, des universités, des entreprises locales, des médias communautaires, des professionnels, des collectivités, des centres de formation, des groupes religieux, des associations de quartier ou des personnes ressources capables de contribuer.

Ces appuis ne seront pas toujours financiers.

Ils peuvent prendre la forme d’une salle prêtée, d’un relais d’information, d’un conseil technique, d’un contact utile, d’une mise en relation, d’un appui logistique ou d’une présence lors d’une activité.

Pris séparément, ces appuis peuvent sembler modestes.

Mis ensemble, ils peuvent donner à l’organisation une vraie capacité d’action.

Ils renforcent son ancrage local. Ils montrent qu’elle n’est pas isolée. Ils créent un réseau autour de sa mission. Ils donnent aussi des signes concrets de confiance.

Mais là encore, il faut savoir demander.

Une demande vague attire peu de réponses. Une demande précise donne plus envie d’aider.

Il ne suffit pas de dire : nous avons besoin de soutien.

Il faut pouvoir dire : voici ce que nous faisons, voici ce dont nous avons besoin, voici comment votre contribution peut aider, et voici comment nous allons en rendre compte.

Les partenaires locaux ne refusent pas toujours d’aider ; ils ont surtout besoin de comprendre pourquoi leur appui serait utile.

“Nous n’avons pas les moyens” ne doit pas devenir une réponse finale

Il y a une phrase que l’on entend souvent dans les organisations : « nous n’avons pas les moyens ».

Elle correspond parfois à la réalité.

Mais lorsqu’elle revient trop souvent, elle finit par fermer l’imagination.

Elle empêche de regarder les autres formes de contribution. Elle installe l’organisation dans l’attente. Elle donne l’impression que rien ne peut commencer tant que l’argent n’est pas arrivé.

Pourtant, certaines choses peuvent commencer autrement.

Une organisation peut clarifier ses besoins avant de chercher un bailleur. Elle peut mobiliser ses membres avant de demander une subvention. Elle peut solliciter un conseil avant de payer une expertise. Elle peut chercher un partenariat local avant de louer une salle. Elle peut confier une tâche utile à un bénévole avant de recruter. Elle peut documenter ce qui existe déjà avant de financer un grand rapport.

Le manque de moyens financiers ne doit pas tuer la capacité d’initiative.

Une organisation qui veut durer doit apprendre à transformer une partie de ses limites en stratégie.

Elle ne pourra pas tout faire. Mais elle peut toujours se poser quelques questions simples : qu’avons-nous déjà autour de nous ? Qui peut nous aider autrement ? Quelle compétence nous manque réellement ? Quelle contribution non financière pourrait nous faire avancer ?

Ce changement de regard compte.

L’organisation ne se présente plus seulement comme une structure qui attend.

Elle devient une structure qui mobilise.

Une organisation qui mobilise autour d’elle inspire davantage confiance

Une organisation qui sait mobiliser ses membres, ses bénévoles, ses administrateurs, ses partenaires locaux et des compétences externes envoie un signal fort.

Sa mission dépasse alors le cercle des dirigeants. Elle suscite de l’engagement, attire des appuis et crée un début de dynamique autour de l’action.

Pour un partenaire financier, cela compte.

Une organisation qui a déjà réussi à mobiliser autour d’elle arrive autrement dans une discussion. Elle ne vient pas seulement avec un besoin. Elle vient avec une dynamique.

Elle peut montrer des membres engagés, des personnes qui l’appuient, des compétences mobilisées, des partenaires locaux, des bénévoles et des traces de ce qu’elle fait.

Cette posture donne plus de poids à la demande.

Elle montre que l’organisation ne cherche pas seulement de l’argent pour exister. Elle cherche un appui pour renforcer quelque chose qui est déjà en mouvement.

Conclusion : avant de chercher loin, apprendre à mobiliser près

Les ressources d’une organisation ne sont pas seulement financières.

Elles peuvent être humaines, techniques, relationnelles, matérielles, professionnelles, bénévoles ou communautaires.

L’argent compte. Il serait naïf de dire le contraire. Mais il ne doit pas être la seule manière de penser les moyens d’une organisation.

Une structure qui veut durer doit apprendre à reconnaître ce qui existe autour d’elle : ses membres, son conseil d’administration, ses bénévoles, les jeunes qui cherchent à apprendre, les professionnels qui peuvent conseiller, les partenaires locaux qui peuvent faciliter et les réseaux qui peuvent ouvrir des portes.

Tout cela forme un capital parfois discret, parfois mal organisé, parfois sous-utilisé, mais réel.

La mobilisation des ressources ne commence donc pas toujours par un dossier de financement.

Elle commence parfois par une question plus simple : qui croit déjà à notre mission, et comment pouvons-nous lui donner une vraie place pour contribuer ?

Avant de chercher loin, une organisation doit apprendre à mobiliser près.

C’est souvent là que commence sa vraie force.